
MUNICH (1908-1910): L’EXPERIENCE DU CONSERVATOIRE
PARIS (1910-1915) : LA NAISSANCE D’UN COMPOSITEUR
Mais le pianiste et apprenti compositeur n’a pas résisté à l'attrait de la ville-phare de Paris et à l’effervescence artistique qui régnait alors dans la capitale française (prestige de Debussy et de Ravel, saisons des Ballets Russes, innombrables sociétés de concerts, cosmopolitisme musical, etc.). Riadis vient donc se fixer à Paris à la veille de la Ière Guerre Mondiale (1910-1915). C'est là qu'Emilios Khu allait commencer à se faire un nom dans le monde musical, abrégeant son pseudonyme de poète "Eleftheriadis" pour la forme plus synthétique "Riadis" qui deviendra son nom officiel en 1934. A Paris, Emile Riadis fréquenta le monde musical et artistique parisien, accourut aux cénacles symbolistes et assista notamment aux mardi poétiques de la Closerie des Lilas animés par Paul Fort. Il connut ainsi les compositeurs Paul Ladmirault, d'origine bretonne ; Gustave Charpentier, l'auteur de Louise, dont il avait fait la connaissance à Munich en 1909-1910 ; René Lenormand, directeur de la société de concerts "Le Lied en tous pays" et père du dramaturge Henri René Lenormand, Florent Schmitt, Charles Koechlin, et surtout Maurice Ravel qui l'influença tout particulièrement. Il eut aussi l'occasion de connaître d'autres compositeurs venus des quatre coins de l'Europe tels que Manuel de Falla, Georges Enesco ou Constantin Braïloï. Il fréquenta également le célèbre critique musical Michel-Dimitri Calvocoressi, qui, comme Moréas, était français d'origine grecque, et qui surtout était un proche de Ravel et un membre des "Apaches" ; Léon Vallas, directeur de la Revue Française de Musique ; les cantatrices Spéranza Calo-Séailles, grecque installée à Paris ; Marguerite Babaïan, arménienne, belle-sœur du musicologue Louis Laloy ; Fanny Malnory-Marseillac ; Jane Bathori-Engel ; Paule de Lestang, épouse de Léon Vallas ; Mme Gaétane Vicq-Challet, dont le salon du 50, rue Saint-Didier accueillait de fréquentes soirées musicales et mondaines, etc ; les pianistes Robert Schmitz, Alfred Cortot, Antoinette Veluard, Marthe Dron, Blanche Selva, Armand Lacroix, Ennemond Trillat (lyonnais), Léo-Pol Morin (canadien), etc. Parmi les poètes, il connut : Paul Fort ; René Ghil, qui organisait des vendredis littéraires ; Pierre Quillard, arménophile ; Jeanne Valcler, poétesse et dramaturge qui fut semble-t-il liée à "L'Abbaye" de Créteil-"Groupe fraternel d'artistes" (1906-1908) ; Pierre-Charles Jablonski, directeur d'une petite revue d'avant-garde, Les Feuilles de Mai, co-fondée par l'artiste Jean-Lurçat, Charles Le Cour et N. Tchlénoff ; Jean Psichari, autre Français d'origine grecque, gendre d'Ernest Renan, etc. S'il n'eut pas la chance de connaître Jean Moréas qui venait de disparaître en mars 1910, il en entendit beaucoup parler grâce à son ami Miltiadis Malakassis (1869-1943), cousin par alliance de Moréas et poète grec réputé, qui séjournait lui aussi à Paris avant la Grande Guerre (1910-1915). Riadis, Malakassis et d'autres artistes grecs alors installés dans la ville phare, tels que Sotiris Skipis ou Fintias Theodossiades, fréquentèrent les mardi de la Closerie des Lilas et furent présents lors de l'intronisation de Paul Fort comme "prince des poètes" en juillet 1912. C'est donc à Paris que Riadis, tirant profit de cette effervescence culturelle, commença véritablement sa carrière de compositeur, éditant plusieurs recueils de mélodies pour voix et piano sur des vers de poètes français (allant de Ronsard ou Maurice Scève à Paul Fort en passant par Nerval ou José-Maria de Heredia), de poètes français d'origine grecque (Jean Moréas, Jean Psichari), de poètes grecs contemporains (Miltiadis Malakassis, Ioannis Gryparis, Kostis Palamas, Ioannis Kambyssis, Alexandros Pallis, etc.), enfin sur des vers de son propre cru, car Riadis avant d'être musicien s'était distingué comme poète sous le nom d'Emilios Eletheriadis dans les revues littéraires d'Athènes et Thessalonique. Quelques unes des mélodies de Riadis furent jouées aux concerts parisiens en présence de l'auteur entre 1912 et 1914. Mais, s'il est surtout connu pour ses mélodies, Riadis a aussi composé de la musique de chambre, de la musique de scène, de la musique symphonique, des opéras (inachevés), etc. Ses débuts prometteurs aux "petits" concerts (Salon d’Automne, Concerts Touche, Le Lied en tous pays, etc.), dans des salons parisiens (comme celui du docteur Henri Châtellier et son épouse, née Jousset, au 8, rue des Saussaies) mais aussi lors de concerts plus importants, à la Société Nationale de Musique (SNM), le 1er mars 1913 (397e concert), et à la Société Musicale Indépendante (SMI), le 4 mai 1914, laissaient augurer une belle saison 1914-1915, avec plusieurs projets d’œuvres symphoniques pour les "grands" concerts et de publications littéraires et musicale. Cependant la tournure historique des événements allait en décider autrement et mettre prématurément un terme à la carrière parisienne du compositeur.









